Épilogue

Ce n’est pas la vie tout cela : c’est le bruit de la vie.
– Alfred de Musset

 

Dans son portrait délicat du poète René Lapierre, notre collaboratrice Delphine Naum a écrit ces mots prophétiques : « J’aime à penser que, comme en bien des choses, il fallait en finir pour commencer. » Après cinq intensives années à jeter des ponts par-ci par-là, à tisser des liens entre les mots fédérateurs des auteurs et écrivaines d’ici et d’ailleurs; après cinq années belles et rebelles à multiplier les voies de diffusion et de rencontre; après avoir tenté de poser ses valises sans pour autant mettre pied à terre, c’est ainsi que la revue Cousins de personne entrevoit de tirer le rideau pendant un temps. Entracte ou finale? C’est l’avenir qui nous le dira, lentement.

 

C’est dans la perspective d’un quatorzième numéro, où l’on aurait interrogé la décélération nécessaire du monde, qu’est né ce soulagement d’entrevoir une pause. Un temps d’arrêt et de réflexion, pour aller à contre-courant de cette course incessante et souvent imposée (par soi ou les autres) qui nous rend tous un peu étrangers au monde. Comme chacun sait, le milieu culturel vit sur le rythme parfois maladif de l’agitation, multipliant avec inventivité et lassitude les solutions pour survivre. Nous décidons bien humblement de prendre le parti du temps, du silence, de la lenteur. Élire domicile et perdre pied – au ralenti. Au ralenti : un numéro qui verra le jour dans deux ans ou vingt ans, qui verra le jour dans nos fantasmes d’éditeurs ou de lecteurs, qui verra le jour un peu à chaque instant où nous poserons des gestes pour vivre nos vies avec plus de quiétude et de concentration. Pour éviter les murs dans lesquels on a l’habitude de foncer. Acceptons de ne pas savoir s’il y aura une suite, acceptons le doute, le brouillard, cette douce suspension où tout est possible.

 

C’est l’invitation finale que nous vous faisons, après vous avoir conviés dans l’univers de 148 auteurs passionnants, dans des festivals, des bibliothèques, des librairies, des parcs, des bars, dans les pages virtuelles et imaginées par de talentueux designers graphiques et illustrateurs : vivons en marge du bruit assourdissant que fait parfois le monde.

 

Ce qui ne nous empêche pas de vous dire à bientôt. Merci d’avoir suivi cette route avec nous pendant toutes ces années. Merci aux membres de l’association, aux donateurs, à tous les bénévoles, aux collaborateurs, aux libraires. Merci surtout aux auteurs et aux lecteurs. Ce n’est peut-être qu’un au revoir. D’ici là, vivons lentement, mais sûrement.

À paraître : Numéro 14 – Numéro fantôme – Au ralenti