En français dans le texte

La BlackJag, une «DS» de chair

  Grégoire Courtois • Suréquipée • Un demi-siècle après la déesse-voiture de Barthes (cette « perfection et absence d’origine, clôture et brillance, transformation de la vie en matière et silence qui appartient à l’ordre du merveilleux »), la mythification de l’automobile perdure. Notre imaginaire culturel se soumet, comme obsédé, à son potentiel fantasmatique. Parions que l’automobile – la Dea ex machina post-moderne– n’a pas fini de susciter le frisson religieux comme en témoigne sa dernière incarnation : dans Suréquipée, Grégoire Courtois vous met aux commandes de la BlackJag. Au-delà de l’alchimie de la vitesse, de la gourmandise de la conduite, elle est un…

Matières premières de la littérature

• David Turgeon • Le continent de plastique • David Turgeon nous livre Le continent de plastique, roman ayant pour thème l’immense tissu de déchets éponyme. Familièrement étranger bien qu’invisible depuis nos côtes, le continent flottant permet une autre perspectivesur le monde, celle des matières premières usagées, des rejets de production. L’auteur nous en fait explorer la partie relevant de la littérature, nous donnant pour guide un « je » anonyme, narrateur du récit et assistant d’un romancier, qu’il préfère appeler « le maître ». Au-delà de la relation entre ces deux personnages, le roman s’étend sur tout l’écosystème du littérateur : ce sont tantôt…

Sur la route de Babylone, USA

 •Dominique Scali•À la recherche de New Babylon• D’est en Far West, À la recherche de New Babylon raconte le grand voyage vers cette terre toujours promise, celle qu’on se promet. Dans cette immensité toujours vierge, à la fin du xixe se croisent fatalement Teasdale, cowboy pyromane que poursuit un faux confesseur, Pearl, fille à marier en mal de mariage, Russian Bill, dandy fasciné par le rêve américain. Bien loin cependant du roman historique, le western de Dominique Scali s’apparente plutôt à une fable, puisant à une culture pop battue et rebattue dans la mémoire collective par les films de Sergio…

L’amer

•Patrick Nicol•La nageuse au milieu du lac• « J’aime cette femme qui m’a fait. Poule sans tête, chatte épuisée, un peu ridicule, tout à fait absente. Espérant des ailes quand il lui fallait des bras. » La mère de Patrick Nicol n’est pas vraiment une mère-poule. Plutôt un volatile égaré, qui avance à l’aveugle dans la vie, la tête penchée pour contrer la bulle d’air dans son œil. C’est elle, sans doute, cette nageuse au milieu du lac, qui irrémédiablement s’éloigne de nous. De son fils. Ce dernier, en une succession de petits chapitres qui mêlent souvenirs, récits et rêves, lui rend…

À l’heure de Grande écoute

• Larry Tremblay • Grande écoute • Le phénomène est connu ; il emprunte à la téléréalité, à l’égotisme, à une propension pour tout ce qui est de l’ordre du biographique et, surtout, accapare le meilleur du temps d’antenne. La pièce Grande écoute de Larry Tremblay fait entrer l’émission de variété au théâtre : Roy, animateur vedette, mène des entrevues où le ton oscille entre flatterie et défi. Tantôt, il passe au crible Gary, l’étoile montante de la boxe, tantôt Cindy, une activiste écologiste, ou encore Amy, une chanteuse populaire. Le jeu s’inverse quand sa femme Mary et son barman Dany mettent…

Montréal, carnets du sous-sol

•ALICE MICHAUD-LAPOINTE•TITRE DE TRANSPORT• Je crois que si elle était une femme, Montréal aurait la taille parfaite. […] Elle mesurerait 5 pieds 5, aurait une p’tite dent croche, les sourcils pas parfaitement bien épilés. Je pense qu’elle aurait un rire éclatant et des fesses bien musclées d’allées et venues à vélo. Voici Montréal, telle que nous la présente un des narrateurs d’Alice Michaud-Lapointe. Ce portrait nous précipite d’emblée dans l’univers percutant de cette jeune auteure, qui signe là son premier ouvrage, très prometteur. Titre de transport, c’est vingt-et-une nouvelles qui prennent place sous la terre de Montréal, en plein cœur…

Territoires du Squonk – Une histoire d’apparition

•Louky Bersianik et France Théoret•Louky Bersianik : L’écriture, c’est les cris. Entretiens avec France Théoret• Je trouve qu’on a été et qu’on est encore extrêmement tolérantes par rapport au langage, par rapport aussi à tout le reste, parce que le langage amène tout le reste. Née en 1942, France Théoret grandit dans une maison sans livres. Décidée très tôt à sortir de l’ignorance, elle deviendra finalement l’auteure d’une vingtaine de titres, dont Bloody Mary (1979), Nécessairement putain (1980) et Écrits au noir (2009). L’engagement de l’écrivaine pour la cause des femmes et l’action citoyenne sont toujours allés de pair avec sa…

Hector et les siens

•Mélissa Verreault•L’Angoisse du poisson rouge• Dans ma tête flottait l’impression que je ne reverrais plus ma terre natale. Quelque chose me disait que lorsqu’on a choisi de quitter sa maison, elle nous devient à jamais interdite. Comme si l’immigration était un aller simple. Deuxième roman de Mélissa Verreault et son troisième titre paru aux éditions La Peuplade, L’Angoisse du poisson rouge est un petit bonbon qu’il est doux de laisser fondre dans sa bouche alors que la morsure de l’hiver se fait de plus en plus dure à l’extérieur, un livre à lire lové dans une grosse couverture auprès de la…

Que sont nos âmes devenues ?

•NAFISSATOU DIA DIOUF•LA MAISON DES ÉPICES• Le monde est vieux mais l’avenir sort du passé. Entre journalisme et fiction, Nafissatou Dia Diouf nous embarque dans l’Afrique contemporaine qui se questionne sur ses maux, ses identités, ses maladies, ses origines. Radiographie des pathologies sociales de l’Afrique postcoloniale et de l’acculturation, ce roman articule les identités blessées, les amnésies et les troubles socio-psychotiques. Comment guérir les échecs des nations, les errances, les âmes abandonnées et soigner autrement les maladies dites socioculturelles ? Ancien comptoir d’esclaves devenu comptoir d’épices, la Maison des épices évolue après la colonisation en un centre de soins, où viennent…

Que se brise la vague

• Hélène Dorion • Recommencements • Nous avançons dans le monde, rassurés à l’idée qu’existent un point A et un point B, convaincus que la réussite réside dans l’absence de troubles, d’erreurs, d’échecs ou d’hésitations. « D’instinct, nous réagissons à l’inconfort par la fuite, niant par là l’expérience qui nous est offerte. » Nous gardons une conception linéaire d’un monde duquel nous devons constamment nous méfier, ce monde plein de menaces qui pourrait un jour nous faire basculer. Plus les attaches sont nombreuses, plus nous risquons gros. Sur la ligne du temps, comme des funambules effrayés, nous avons peur de perdre pied.…