Numéro 8 – Carte blanche

En ces temps de vaches maigres et de serrage de ceinture, Cousins de personne ne regarde pas à la dépense et offre à ses lecteurs un numéro 8 tout en générosité. Pleins pouvoirs (enfin presque…) ont été accordés aux neuf auteurs qui composent le numéro de décembre. En résulte un amalgame de textes inédits, de saison – ou pas –, de véritables cartes blanches, qui combinent à merveille toutes les couleurs du spectre et diffuse une douce lumière au cœur de l’hiver naissant.

Fuite en avant

Quarante-sept morts. Ou soixante-treize, six cent cinquante, deux mille. Civils, soldats, kamikazes. Presque tous des gamins. Voyez en direct la pluie d’obus, les maisons pulvérisées, la découverte du charnier. L’émission qui suit est déconseillée aux enfants de moins de huit ans. Si j’étais un petit garçon et que j’avais célébré mes huit ans avant-hier, je…

Cartes sur table

En ces temps de vaches maigres et de serrage de ceinture, Cousins de personne ne regarde pas à la dépense et offre à ses lecteurs un numéro 8 tout en générosité. Pleins pouvoirs (enfin presque…) ont été accordés aux neuf auteurs qui composent le numéro de décembre. En résulte un amalgame de textes inédits, de…

Dix mille façons

On en dit toujours trop, trop peu, trop tard, je viens d’un autre temps, tu le sais, ça se voit, et tu souhaiterais que je te raconte ma vie, et tu souhaiterais que je me taise, au fond tu ne sais pas, tu chemines dans les profondeurs, tu voudrais que le temps passe mais le…

Le Noël chez Lalo

De Lalo, je ne connaissais que la maison, et de la maison, je ne connaissais que le chemin pour se rendre à la chambre de l’ancien, où j’avais longtemps accompagné mon père dans ses visites du dimanche. Portail de métal, patio de tuiles vertes, porte secondaire, escalier étroit. On faisait vite pour éviter de parler…

Six poèmes

Le dégraisseur mauve les poubelles ont toutes la couleur des rêves d’hier en les portant aux bennes le soleil m’aveugle de ta belle face de sève belle face de mon avenir et mes souliers dans la bouette je voudrais pas me scotchtaper l’odeur de boulette au cœur voudrais pas me scrapper les mains qui te…

Pneuma [extrait]

Ma mère est arrivée quand le soleil déclinait, avec un énorme plat de linguine sauce tomate et boulettes de porc que j’ai avalé avec un tel enthousiasme que j’en ai éclaboussé ma jaquette. On a boudé le large néon à la tête du lit et s’est contentés de l’ampoule chaude de la lampe de chevet.…

Le comportement

J’entends le rire nerveux de quelqu’un  dans mes veines. C’est moi. Pradip Choudhuri   à travers la figure de quelqu’un il y a sa figure si ta main touche ta tête tu as une tête si ta main touche ta main tu as tes deux mains voilà ce que tu peux faire si tu acceptes…

Clara et son ombre

Le maître avait dû remarquer que j’étais nerveux mais n’en fit pas mention. Il me montra une chaise, remarqua que son bureau affichait quelque désordre, s’enquit de mon intérêt pour une tasse de café. Une personne de sa connaissance lui avait offert une machine qui en fabriquait sur simple pression, disait la boîte, d’un gros…

Née contente

Frottement et hommage aux langues alertes et fécondes de Réjean Ducharme et d’Hervé Bouchard, ce texte a été écrit à l’invitation d’Hélène Frédérick, dans le cadre de sa résidence « Insoumission et littératures » à la Librairie du Québec, à Paris. Je suis née quasiment normale au bord d’une grande ville, mais il est infiniment plus…

Le bananier d’Andoni

C’était un dimanche du mois de juin. Le jardin se trouvait à l’arrière de la maison. L’air chaud d’été, chargé d’humidité, continuait à souffler. Les branches du cerisier, comme les doigts écartés d’une main, étaient doucement agitées par la brise. Partout les cerises desséchées s’étaient répandues et s’emmêlaient aux brindilles et aux feuilles mortes. Andoni était…