From Numéro 3 – Se manifester

Avec ce numéro de juin doucement teinté des couleurs de l’insoumission, Cousins de personne vous invitent à souffler une bougie.

Il y a un an et des poussières, de l’autre côté de la grande flaque, le gouvernement du Québec adoptait dans l’urgence une loi très spéciale. Il y a un an, les petits carrés de feutrine rouges défilaient vaille que vaille dans les rues de là-bas, soir après soir, pour exprimer une volonté de changer les choses qui résonna jusqu’aux tribunes internationales.

Se manifester

Avec ce numéro de juin doucement teinté des couleurs de l’insoumission, Cousins de personne vous invitent à souffler une bougie. Il y a un an et des poussières, de l’autre côté de la grande flaque, le gouvernement du Québec adoptait dans l’urgence une loi très spéciale. Il y a un an, les petits carrés de feutrine rouges défilaient vaille que vaille dans les rues de là-bas, soir après soir, pour exprimer une volonté de changer les choses qui résonna jusqu’aux tribunes internationales. Cette montée de sève inattendue fut l’occasion d’un profond renouveau, auquel les arts et la littérature prirent une…

Martine Delvaux : Les petites filles (modèles) récalcitrantes

 […] BB est venue chez moi manger des biscuits soda. Assise sur le comptoir de la cuisine, elle parlait sans arrêt, une tempête de miettes blanches tombait sur elle. Rien ne pouvait l’arrêter. Les phrases s’enchaînaient, les mots, les histoires, des trucs qu’elle rapportait ou qu’elle avait inventés. BB parlait comme une mitraillette, sa bouche était un dépotoir. Elle y avait logé l’histoire d’une petite fille qui, avec un économe rouillé pris dans un tiroir de la cuisine sans que sa mère ne le sache, avait percé la porte qui fermait le corps des filles. Je ne comprenais rien. C’était…

De Jovette à moi : une rencontre transhistorique

La première fois que je vous ai vue, c’était en 2010. Un automne comme on en connaît chaque année, au Québec. Le papier que j’avais dans la main avait failli rejoindre le vent d’octobre. J’aurais été bien embêté, si ça avait été le cas. On y trouvait vos initiales, le titre d’un livre, et un numéro à rallonge. C’était mon moyen pour vous trouver, pour entrer en contact avec vous. J’avais suivi toutes les instructions à la lettre. J’avais relu le plan de  cours : votre nom y figurait, entre ceux de Laure Conan et de Claire Martin. J’avais fait quelques brèves…

Se quereller en place de grève

Manier savamment une langue, c’est pratiquer une espèce de sorcellerie évocatoire. Charles Baudelaire Au printemps dernier, le Québec a connu l’une des plus importantes grèves étudiantes de son histoire. D’une lutte contre la hausse des frais de scolarité, le mouvement s’est peu à peu transformé en une révolte plus large contre le Plan Nord, la répression des manifestations étudiantes par la police et plus généralement contre un système libéral qui fait de la réussite individuelle et économique le mètre étalon de notre politique nationale. La protestation a pris la forme classique des grandes manifestations mais aussi de formes moins habituelles,…

Aventuriers et sédentaires

Lise Gauvin est professeure émérite à l’Université de Montréal, écrivaine et critique littéraire. Elle a notamment écrit sur les écrivains francophones et les littératures de langue française. Lise Gauvin a publié récemment un livre, chez Honoré Champion, intitulé Aventuriers et sédentaires. Parcours du roman québécois. Nous avons tenu à lui poser quelques questions, tant il nous apparaît que ce livre, caractérisé par un esprit de synthèse bienfaisant, est nécessaire à qui souhaite défricher l’évolution du roman québécois, et les grandes questions qui ont traversé et animent encore la littérature québécoise. Cet ouvrage est « une invitation à lire le roman québécois ».…

Le roman québécois, mode d’emploi

Soyons sincères : les Français ne connaissent pas grand-chose à la littérature québécoise. Il faut souvent attendre longtemps, parfois un peu désespérément, avant que l’un d’entre nous soit capable de citer le nom d’un auteur, ou le titre d’un texte. C’est ce qui rend fort opportun, pour ne pas dire indispensable, le dernier ouvrage de Lise Gauvin. Dans Aventuriers et sédentaires. Parcours du roman québécois, paru récemment chez Champion, l’essayiste et universitaire s’emploie en effet à présenter, d’une manière claire et précise, les romanciers du Québec et leurs œuvres. Elle nous offre, avec la délicatesse de ne pas le nommer…

La littérature du terroir : une catégorie à enterrer

S’il y a une constante dans les différentes tentatives de découpage de notre histoire littéraire, c’est bien l’immense attention accordée à la « littérature du terroir ». Toutefois, si l’on se fie à la plus récente (et la plus scientifiquement convaincante) Histoire de la littérature québécoise (2007), ce courant ‒ ou genre, optez pour la terminologie qui vous sied ‒ n’existe pas. Hmm, voilà un coup dur pour les idées reçues. Qu’entend-t-on, traditionnellement, par littérature du terroir ? Grosso modo, il s’agit d’une catégorie réunissant des textes essentiellement romanesques, publiés à peu près entre 1850 et 1950 et dont la…

Oser la littérature (tout court) !

OSER, verbe trans. [Suivi d’un inf. sans prép.] Entreprendre (de faire, de dire quelque chose) avec audace. D’après le Trésor de la langue française en ligne. Syn. : risquer, hasarder, s’aventurer, s’enhardir, tenter. Mais aussi : chiche ? même pas cap’ ! t’es-tu game ? Ex. : « Heille, les tchums du Québec, si je lance c’te machine-là, vous êtes-tu game ? », Mélikah Abdelmoumen, « Coup de gueule – ou Cousins de personne (la France, le Québec et les « francophonies ») », le 3 juin 2012. ••• Une forme d’audace est sans doute nécessaire pour promouvoir (diffuser, enseigner, éditer…) la littérature québécoise en France. Du moins lorsqu’on refuse de la…

Fuck les genres

Fin de la trentaine, barbe poivre et sel et allure de dandy punk assagi, le patron des éditions Alto est un type curieux. Pas parce qu’il aime réviser ses manuscrits en écoutant très fort du métal (c’est un fait). Mais parce que curieux, il l’est de tout, et particulièrement de livres étranges et rares (sa cave en regorge) et de musique underground. Discuter une heure avec Antoine Tanguay, c’est ajouter une douzaine de suggestions à sa liste de choses à découvrir. Sa maison d’édition est à son image : inventive, foutraque, irrévérencieuse et décalée. Depuis 2005, Alto secoue le paysage…

Quand Antoine écoute

En général, je privilégie la musique instrumentale pour la lecture. J’ai une affection particulière pour ce qu’on nomme bien maladroitement le post-rock, un concept aussi flou que la post-modernité. Bref. Pour la lecture de romans à l’atmosphère étrange, surréelle, franchement déculottante : Tout Mogwai (mais surtout The Hawk is Howling ou les BO de la série Les revenants et du film Zidane : A 21st Century Portrait). Tout Nils Frahm, un pianiste allemand qui remet le « oh ! » dans piano. Une révélation chez Erased Tapes (une belle étiquette aussi). Tout Godspeed You! Black Emperor. Un essentiel dans le domaine.…