By Adrien Rannaud

Après une « fuite en avant » qui l’avait mené au Québec une première fois en 2010, Adrien Rannaud est retourné s’asseoir sur les bancs de l’Université Laval (Québec) à l’automne 2012. Dans le cadre d’un doctorat en études littéraires, son projet de recherche porte sur les écrivaines oubliées de l’histoire littéraire québécoise, et notamment les romancières de l’entre-deux-guerres. Futur auteur d’une biographie sur Jovette Bernier, Adrien Rannaud s’intéresse à l’histoire littéraire des femmes et aux gender studies, ainsi qu’à la culture médiatique en France et au Québec. Il est aussi auxiliaire de recherche sur le projet « Penser l’histoire de la vie culturelle au Québec » et membre étudiant du Centre de recherche interuniversitaire sur la littérature et la culture québécoises (CRILCQ).

De Jovette à moi : une rencontre transhistorique

La première fois que je vous ai vue, c’était en 2010. Un automne comme on en connaît chaque année, au Québec. Le papier que j’avais dans la main avait failli rejoindre le vent d’octobre. J’aurais été bien embêté, si ça avait été le cas. On y trouvait vos initiales, le titre d’un livre, et un numéro à rallonge. C’était mon moyen pour vous trouver, pour entrer en contact avec vous. J’avais suivi toutes les instructions à la lettre. J’avais relu le plan de  cours : votre nom y figurait, entre ceux de Laure Conan et de Claire Martin. J’avais fait quelques brèves…

La littérature québécoise et l’Université française : un chemin à faire

Une anecdote ne saurait mieux introduire le propos. Septembre 2011, rencontre avec ma directrice de recherche. Nous parlons de mon mémoire de Master 2. Pendant les vacances, elle a lu Kamouraska d’Anne Hébert, qui se trouve dans mon corpus d’études. Elle prend la parole : « Oui, c’est un roman d’amour… Pas très bon… Pas très nouveau… Assez limité… ». Je me tais. Elle me suggère d’intégrer des auteures françaises à mon étude – les sacro-saintes Colette, Marguerite Yourcenar et Marguerite Duras. Parce que oui, conclut-elle : « La littérature québécoise n’est vraiment pas très intéressante, il n’y a pas grand-chose de bon à étudier, hein ? » Et…